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Combien de client par jour pour une prostituée ?

Une exploitation inhumaine qui doit cesser

En tant que militante luttant depuis plus de 20 ans contre le système prostitutionnel, j’ai pu constater de près la dure réalité vécue par les personnes prostituées. L’un des aspects les plus choquants est le nombre effarant de « passes » qu’elles doivent effectuer chaque jour pour survivre, au péril de leur santé physique et mentale.

Contrairement aux idées reçues véhiculées par certains, la grande majorité des personnes prostituées ne choisissent pas librement cette activité et n’en tirent aucun épanouissement. Elles y sont contraintes par des réseaux criminels, la précarité économique ou des traumatismes. Et le nombre de clients qu’elles doivent « satisfaire » quotidiennement en est la preuve flagrante.

Des chiffres qui donnent le vertige

D’après les témoignages que j’ai pu recueillir au fil des années et les études menées par les associations, le nombre moyen de clients par jour pour une personne prostituée en France se situe généralement entre 10 et 15. Mais ce chiffre peut monter jusqu’à 20, 30 voire 40 clients par jour dans certains cas, notamment pour les personnes sous l’emprise de réseaux de traite qui leur imposent des quotas.

Concrètement, cela signifie qu’une personne prostituée peut être contrainte d’avoir des rapports sexuels non désirés avec des dizaines d’hommes différents chaque jour, 7 jours sur 7, sans aucun répit. Une exploitation inhumaine qui s’apparente à du viol tarifé répété.

Des conséquences désastreuses sur la santé

On imagine aisément les ravages physiques et psychologiques d’une telle cadence infernale sur le corps et l’esprit des personnes prostituées :

  • Lésions et infections génitales à répétition
  • Douleurs chroniques
  • Epuisement physique et mental
  • Stress post-traumatique
  • Dépression et risque suicidaire accru
  • Addictions pour supporter l’insupportable

Sans parler des risques élevés de contracter des IST malgré l’usage du préservatif, qui n’est pas toujours respecté par les clients. La multiplication des partenaires sexuels augmente mécaniquement les risques.

Déconstruire les mythes sur la prostitution

Face à cette réalité glaçante, il est urgent de déconstruire les mythes qui entourent encore la prostitution et alimentent la demande des clients. Non, ce n’est pas « le plus vieux métier du monde » ni une activité librement choisie dans l’immense majorité des cas.

Le mythe de la prostituée heureuse et épanouie

Certains aiment à se représenter les personnes prostituées comme des femmes libérées sexuellement, qui prendraient du plaisir à multiplier les partenaires. La réalité est tout autre : la plupart subissent ces rapports non désirés et mettent en place des stratégies de dissociation mentale pour supporter l’insupportable.

Comme me l’a confié Sandra, 28 ans, qui a réussi à sortir de 5 ans de prostitution : « Je fermais les yeux et je pensais à autre chose pendant les passes. Mon corps était là mais mon esprit partait loin. C’était le seul moyen de tenir. Certains jours je voyais défiler 20 ou 30 hommes, c’était l’enfer. »

Le mythe des gains faciles

On entend parfois que la prostitution permettrait de gagner beaucoup d’argent facilement. Là encore, c’est ignorer la réalité : la grande majorité des personnes prostituées ne touchent qu’une infime partie de l’argent des passes, le reste allant dans la poche des proxénètes et des réseaux criminels.

Celles qui travaillent de façon « indépendante » doivent quant à elles multiplier les clients pour espérer gagner de quoi survivre, au détriment de leur santé. Sans compter les risques élevés d’agressions et de vols.

Le mythe de l’utilité sociale

Certains défenseurs du système prostitutionnel osent encore parler d' »utilité sociale » de la prostitution, qui permettrait de « canaliser les pulsions masculines ». C’est faire bien peu de cas de la dignité des femmes, réduites au statut d’exutoire sexuel.

De plus, de nombreuses études ont montré que la légalisation de la prostitution dans certains pays a au contraire entraîné une hausse des violences sexuelles dans la société. Loin de les canaliser, elle banalise l’idée que le corps des femmes est à vendre.

Les raisons d’un tel volume de clients

Comment expliquer qu’autant d’hommes aient recours quotidiennement aux services de personnes prostituées ? Plusieurs facteurs entrent en jeu :

Une demande masculine encouragée par la société

Notre société patriarcale continue d’véhiculer l’idée que les hommes auraient des « besoins sexuels » irrépressibles à assouvir, quitte à payer pour cela. Une conception sexiste qui fait des femmes de simples objets de consommation sexuelle.

Les publicités, films et autres produits culturels qui objectivent le corps des femmes participent à cette banalisation de l’achat d’actes sexuels.

Le développement d’internet et des applications

Internet a grandement facilité la mise en relation entre clients et personnes prostituées, via des sites d’annonces ou applications dédiées. Il suffit désormais de quelques clics pour « commander » une personne prostituée comme on commanderait une pizza, dans une logique consumériste déshumanisante.

La précarisation économique

La crise économique et la montée de la précarité poussent de plus en plus de personnes, notamment des étudiantes, vers la prostitution occasionnelle pour boucler les fins de mois. Ce qui alimente mécaniquement « l’offre » et donc la demande des clients.

Le développement du tourisme sexuel

De nombreux hommes profitent de voyages à l’étranger, notamment en Asie du Sud-Est, pour avoir recours massivement à la prostitution. Ils participent ainsi à l’exploitation de femmes et enfants vulnérables dans ces pays.

Les conséquences dramatiques pour les personnes prostituées

Être contrainte d’enchaîner les rapports sexuels non désirés avec des dizaines d’hommes chaque jour a des conséquences dévastatrices sur les personnes prostituées :

Des séquelles physiques parfois irréversibles

Le corps n’est pas fait pour subir autant de rapports sexuels quotidiens. Les personnes prostituées souffrent fréquemment de :

  • Lésions vaginales et anales
  • Infections urinaires et génitales à répétition
  • Douleurs pelviennes chroniques
  • Troubles gynécologiques

Sans parler des coups et blessures infligés par certains clients violents. Beaucoup gardent des séquelles à vie.

Un traumatisme psychologique profond

Subir des rapports sexuels non consentis plusieurs fois par jour provoque un traumatisme comparable à celui du viol. Les personnes prostituées développent souvent :

  • Un état de stress post-traumatique
  • Une dissociation mentale (impression de sortir de son corps)
  • Une perte d’estime de soi
  • Des phobies sexuelles
  • Des addictions pour supporter l’insupportable

Le taux de suicide est 12 fois plus élevé que dans la population générale.

Une désocialisation progressive

Pour tenir le rythme imposé par les réseaux ou les besoins financiers, beaucoup de personnes prostituées finissent par s’isoler totalement :

  • Rupture des liens familiaux et amicaux
  • Impossibilité de mener une vie sociale normale
  • Stigmatisation et rejet de la société

Beaucoup peinent à se réinsérer une fois sorties de la prostitution.

Les clients : pas des « monstres » mais des hommes ordinaires

Contrairement aux idées reçues, les clients de la prostitution ne sont pas des « pervers » ou des « obsédés sexuels ». Ce sont dans leur immense majorité des hommes ordinaires, de tous âges et milieux sociaux.

Un profil type qui n’existe pas

Les études menées sur les clients montrent qu’il n’existe pas de profil type. On trouve aussi bien :

  • Des hommes célibataires que des hommes mariés
  • Des jeunes que des seniors
  • Des cadres que des ouvriers
  • Des occasionnels que des habitués

Le seul point commun est qu’il s’agit à 99% d’hommes.

Des motivations diverses

Les raisons invoquées par les clients pour justifier le recours à la prostitution sont multiples :

  • Volonté d’avoir des rapports sans engagement
  • Timidité, peur du rejet
  • Insatisfaction sexuelle dans le couple
  • Fantasmes ou pratiques particulières
  • Sentiment de toute-puissance

Beaucoup banalisent leur comportement, sans réaliser la violence qu’il fait subir aux personnes prostituées.

Une responsabilité à rappeler

Il est crucial de responsabiliser les clients sur les conséquences de leurs actes. Sans demande, il n’y aurait pas d’offre. En payant pour des services sexuels, ils alimentent un système d’exploitation qui broie des vies humaines.

Que faire pour endiguer ce fléau ?

Face à l’ampleur du phénomène, des solutions existent pour réduire le recours à la prostitution et aider les personnes qui en sont victimes :

Pénaliser les clients

La loi de 2016 qui pénalise l’achat d’actes sexuels en France va dans le bon sens, même si son application reste insuffisante. Il faut aller plus loin dans la responsabilisation des clients, via :

  • Des amendes plus dissuasives
  • Des stages de sensibilisation obligatoires
  • Des peines de prison en cas de récidive

Lutter contre les réseaux criminels

Les proxénètes et réseaux de traite qui exploitent les personnes prostituées doivent être poursuivis sans relâche. Cela passe par :

  • Plus de moyens pour la police et la justice
  • Une meilleure coopération internationale
  • La protection des victimes qui témoignent

Accompagner la sortie de la prostitution

Il est crucial d’aider les personnes qui souhaitent quitter la prostitution, via :

  • Un accompagnement social et psychologique
  • Des formations et aides à la réinsertion professionnelle
  • Un hébergement d’urgence
  • Une régularisation du séjour pour les étrangères

Éduquer et sensibiliser

La prévention passe aussi par l’éducation, notamment :

  • Des campagnes de sensibilisation grand public
  • Des interventions en milieu scolaire sur l’égalité femmes-hommes
  • Une éducation à la sexualité et au consentement

Conclusion : un changement de société nécessaire

Le nombre effarant de clients que doivent « satisfaire » chaque jour les personnes prostituées est le reflet d’une société qui continue de considérer le corps des femmes comme une marchandise. Un changement profond des mentalités est nécessaire pour mettre fin à cette exploitation.

Cela passe par une véritable politique abolitionniste, associant prévention, répression des réseaux, pénalisation des clients et accompagnement des victimes. Mais aussi par une évolution vers des rapports femmes-hommes plus égalitaires et respectueux.

La prostitution n’est pas une fatalité. Ensemble, nous pouvons construire une société où la sexualité rime avec consentement mutuel et épanouissement, pas avec marchandisation des corps. C’est ce pour quoi je continuerai inlassablement à me battre.

Une réflexion sur “Combien de client par jour pour une prostituée ?

  • les femmes sont libres de se prostituer ou pas.
    je doute que les « escortes » qui demandent 200 euros de l’heure fassent 10 clients par jour…
    vous ne pouvez rien faire si un homme veut et que la femme accepte parce qu’elle en retire un intérêt.

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