État des lieux de la prostitution à Dijon
En tant que militante engagée depuis 20 ans dans la lutte contre la prostitution et pour la défense des droits des personnes prostituées, je souhaite dresser un état des lieux objectif et factuel de la situation des prostituées à Dijon. Il est crucial de bien comprendre les réalités de terrain pour identifier les leviers d’action les plus efficaces.
Les objectifs de cette étude sont multiples :
- Mesurer l’ampleur et les différentes formes que prend la prostitution à Dijon
- Analyser les dynamiques et facteurs qui influencent son développement
- Évaluer ses impacts sur les personnes concernées et la communauté
Pour réaliser ce diagnostic, je me suis appuyée sur diverses sources d’information :
- Entretiens avec des personnes prostituées, des associations, des élus locaux
- Statistiques officielles (police, justice, santé)
- Rapports d’ONG et d’experts
- Articles de presse locale
- Travaux de recherche historique
Malgré mes efforts pour croiser les données, je suis consciente des limites de l’exercice. La prostitution reste un phénomène difficile à quantifier de manière exhaustive, en raison de sa part d’invisibilité. Les chiffres avancés sont donc à prendre avec précaution.
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1. Cartographie de la prostitution actuelle à Dijon
Zones géographiques et typologies
Aujourd’hui, la prostitution est présente dans différents quartiers de Dijon, sous des formes variées :
- Prostitution de rue résiduelle dans le centre-ville, malgré l’arrêté municipal
- Prostitution en appartements dans les quartiers périphériques
- Prostitution via des annonces sur internet, en fort développement
- Prostitution dans certains bars à hôtesses
Cette diversité rend le phénomène d’autant plus difficile à appréhender et quantifier. On estime qu’entre 100 et 200 personnes prostituées à Dijon.
Profils des personnes prostituées
La grande majorité des personnes prostituées à Dijon sont des femmes, souvent étrangères (Nigérianes, Est-Européennes). Beaucoup sont victimes de réseaux de traite des êtres humains. On compte aussi une minorité d’hommes et de personnes transgenres.
Les parcours qui mènent à la prostitution sont souvent marqués par des facteurs de vulnérabilité : précarité économique, violences subies, addictions, parcours migratoires chaotiques… Rares sont celles qui ont « choisi » cette activité.
Selon les associations de terrain, le nombre de personnes suivies est en augmentation ces dernières années, en particulier les jeunes femmes étrangères.
2. Historique et évolution de la prostitution à Dijon
Origines et développement historique
La prostitution est attestée à Dijon depuis le Moyen-Âge au moins. Dès le 15ème siècle, la ville comptait des maisons closes officielles. Cette activité s’est perpétuée au fil des siècles, s’adaptant aux évolutions urbaines et sociales.
Aux 17ème et 18ème siècles, Dijon comptait encore de nombreuses maisons de tolérance. Mais avec la fermeture des maisons closes en 1946, la prostitution a investi l’espace public, en particulier certaines rues du centre-ville.
Cadre légal et réglementaire
Depuis la loi du 13 avril 2016, la France a adopté le modèle « abolitionniste » qui vise à abolir la prostitution en pénalisant les clients. Les personnes prostituées sont considérées comme des victimes à qui l’on propose un parcours de sortie.
Auparavant, Dijon a connu différents régimes, de la tolérance à la répression. Un arrêté municipal de 2015 interdit la prostitution de rue dans plusieurs secteurs du centre-ville.
L’application de la loi de 2016 marque un tournant mais ses effets restent limités sur le terrain, comme nous le verrons. La prostitution s’est adaptée, investissant davantage internet et les appartements.
3. Dynamique économique et sociale de la prostitution
Aspects économiques
Le chiffre d’affaires de la prostitution à Dijon se compterait en millions d’euros par an. Mais il est très difficile à évaluer précisément, en raison de l’opacité qui entoure cette économie souterraine.
Ce qui est sûr, c’est qu’une grande partie des gains est captée par les proxénètes et réseaux criminels qui exploitent les personnes prostituées. Celles-ci ne perçoivent qu’une infime partie des sommes versées par les clients.
La prostitution a aussi un impact sur l’économie locale « légale » (hôtels, bars, taxis) qui en tire des revenus non négligeables. Tout un écosystème gravite autour de cette activité.
Conditions de vie et de travail des personnes prostituées
Le quotidien des personnes prostituées à Dijon est fait de grandes violences et souffrances :
- Violences physiques et psychologiques de la part des clients et proxénètes
- Conditions sanitaires dégradées, exposition au VIH et autres IST
- Isolement social et stigmatisation
- Difficultés d’accès aux droits (soins, hébergement, papiers)
Leur santé et sécurité sont en permanence menacées. Beaucoup sombrent dans la drogue et l’alcool pour tenir. Rares sont celles qui peuvent imposer le préservatif à chaque passe.
Malgré les dispositifs d’accompagnement existants, sortir de la prostitution reste un parcours semé d’embûches, qui nécessite un soutien dans la durée.
4. Impact sur la communauté et perceptions du public
Perceptions et attitudes des Dijonnais
La prostitution suscite des réactions ambivalentes chez les habitants :
- Rejet et plaintes contre les nuisances (bruit, déchets dans la rue)
- Indifférence, banalisation d’une réalité ancienne
- Compassion, volonté d’aider les personnes en difficulté
Les riverains des quartiers concernés expriment une exaspération croissante et réclament des mesures. Mais les solutions répressives (arrêtés, verbalisations) ne font que déplacer le problème.
Globalement, la prostitution reste entourée de nombreux préjugés et stéréotypes. Les personnes prostituées subissent une forte stigmatisation qui les maintient dans la marginalité.
Impacts sur la sécurité et la santé publique
Au-delà des drames humains, la prostitution a des répercussions négatives sur la ville :
- Développement de la criminalité (proxénétisme, trafic de drogues)
- Problèmes de tranquillité et de sécurité publiques
- Risques sanitaires (propagation du VIH et des IST)
- Coût social et humain pour les personnes prostituées et leurs proches
C’est donc un enjeu de société majeur qui appelle une réponse globale et coordonnée des pouvoirs publics et des acteurs de terrain.
5. Initiatives et réponses des autorités et associations à Dijon
Actions des pouvoirs publics
Depuis la loi de 2016, les autorités locales mènent différentes actions pour lutter contre le système prostitutionnel :
- Opérations de police contre le proxénétisme (démantèlement de réseaux)
- Mise en place d’une commission départementale de lutte contre la prostitution
- Parcours de sortie proposé aux personnes prostituées (aide financière, accompagnement)
- Sensibilisation des clients (stages, amendes)
Mais les moyens restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène. La répression ne règle pas les causes profondes qui poussent à la prostitution. Et les parcours de sortie peinent à offrir de vraies alternatives.
Rôle clé des associations de terrain
Heureusement, plusieurs associations sont engagées au quotidien auprès des personnes prostituées à Dijon :
- Le service Le Pas de l’ADEFO : accueil, accompagnement social et médical, hébergement d’urgence
- L’antenne locale du Mouvement du Nid : maraudes, sensibilisation, plaidoyer abolitionniste
- Médecins du Monde : accès aux soins, réduction des risques, dépistage
Leur travail de proximité est essentiel pour aller vers les personnes prostituées, créer du lien, les informer sur leurs droits. Elles jouent un rôle d’alerte et d’interface avec les institutions.
Mais elles manquent cruellement de moyens pour faire face aux besoins. Elles plaident pour une politique ambitieuse qui permette l’abolition de la prostitution et un réel accompagnement des personnes.
Conclusion : un combat de longue haleine
Principaux constats de cet état des lieux
Ce tour d’horizon montre que la prostitution reste une réalité prégnante à Dijon, dans laquelle sont prises au piège plusieurs centaines de personnes, en majorité des femmes étrangères victimes de traite.
Malgré une prise de conscience récente et une volonté affichée de s’attaquer au « système prostitueur », avec l’adoption de la loi d’avril 2016, la situation sur le terrain reste très préoccupante.
Les personnes prostituées subissent des violences inouïes et des conditions de vie indignes. Leur santé physique et mentale est lourdement impactée. Sortir de cet engrenage est un chemin de croix.
La prostitution pèse aussi sur la vie de la cité, en termes de sécurité et de tranquillité publiques. Elle gangrène l’économie locale et alimente les réseaux criminels.
Recommandations et perspectives
Face à ce fléau, nous devons collectivement nous donner les moyens d’agir. Je formule plusieurs recommandations :
- Renforcer les moyens de la politique abolitionniste (parcours de sortie, poursuites contre les proxénètes et réseaux)
- Développer les dispositifs d’accompagnement des personnes prostituées (hébergement, accès aux soins et aux droits, insertion professionnelle)
- Soutenir les associations spécialisées par des financements pérennes
- Mener des campagnes de sensibilisation auprès du grand public sur les réalités de la prostitution
- Responsabiliser les « clients » en les pénalisant plus systématiquement
- S’attaquer aux causes profondes (inégalités femmes-hommes, précarité, traite des êtres humains)
Il faudrait aussi développer les recherches pour mieux comprendre les parcours des personnes, évaluer les politiques publiques et identifier les leviers les plus efficaces vers l’abolition.
C’est un combat de longue haleine qui nécessite une mobilisation de toute la société. Chacun peut agir à son niveau, en refusant d’être client et en soutenant les initiatives abolitionnistes.
Ensemble, faisons reculer ce système d’exploitation qui broie des vies. Affirmons que nos corps ne sont pas à vendre ! Œuvrons pour une société plus juste et égalitaire, qui permette à chacune et chacun de vivre dignement.
Le chemin est encore long mais nous ne lâcherons rien. Avec détermination et en unissant nos forces, nous finirons par gagner ce combat pour l’humanité.

