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Prostitution à Reims : cartographie et état des lieux des prostituées

Reims, cité des sacres et capitale du champagne, cache une réalité moins reluisante derrière ses façades Art déco et ses caves prestigieuses : celle de la prostitution, phénomène ancien profondément enraciné dans le tissu urbain. En tant que militante engagée, je souhaite dresser un état des lieux sans fard des prostituées à Reims, de son ampleur, de ses évolutions et de son impact sur les victimes comme sur la société.

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1. Cartographie de la prostitution rémoise actuelle

Aujourd’hui, la prostitution de rue a fortement diminué à Reims, sous l’effet conjugué de la pression policière et d’arrêtés municipaux anti-racolage. Quelques secteurs restent toutefois concernés :

  • Le quartier de la gare, en particulier les rues Jeanne d’Arc et de Cernay, où une dizaine de femmes, surtout africaines, continuent d’exercer malgré les plaintes des riverains excédés par les nuisances
  • Certaines artères du centre-ville la nuit (place Sainte-Claire, rue Gambetta…)
  • Le « bois à kiki », un bois près de l’A34 fréquenté par des camionnettes de prostituées d’Europe de l’Est, comme le montre Google Earth

Mais l’essentiel de l’activité prostitutionnelle se déroule désormais à l’abri des regards :

  • Dans des appartements « discrets », souvent loués par des réseaux nigérians ou chinois, y compris dans des quartiers résidentiels
  • Dans des bars à hôtesses, des salons de massage qui servent de paravent à la prostitution, y compris en centre-ville
  • Via des annonces en ligne sur des sites d’escorts, qui drainent une clientèle plus jeune et connectée

Cette prostitution « indoor » échappe largement aux contrôles et expose les personnes à de grands dangers (isolement, emprise des proxénètes…). Elle favorise aussi la prostitution de mineures, recrutées sur les réseaux sociaux avec des techniques de lover boy. En 2023, les associations ont identifié une quarantaine de très jeunes filles contraintes de se prostituer à Reims, un phénomène en voie de banalisation.

La prostitution masculine et transgenre existe aussi, de façon plus marginale. Quelques hommes, souvent précaires, racolent aux abords de la gare ou dans des parcs. Les personnes trans, surtout sud-américaines, cumulent les facteurs de vulnérabilité et subissent des violences d’une extrême brutalité.

2. Historique et évolution de la prostitution à Reims

La prostitution à Reims remonte au moins au Moyen-Âge. Déjà au XVe siècle, la ville était « infectée de prostitution » selon les mots de l’écrivain Gustave Flaubert, avec « peut-être cent enfants au-dessous de quinze ans qui n’ont pas d’autre moyen d’existence ». Au XIXe siècle, la prostitution s’est institutionnalisée avec la création de maisons closes, dont la plus célèbre était le « Palais Oriental » ou « PO », qui a fonctionné jusqu’en 1946.

Malgré l’interdiction des bordels par la loi Marthe Richard en 1946, la prostitution n’a pas disparu de Reims mais a pris d’autres formes, plus précaires et clandestines : racolage de rue, bars à hôtesses, salons de massage, hôtels de passe… Elle reste alimentée par la pauvreté et la présence d’une clientèle, notamment liée au tourisme d’affaires et aux foires.

Depuis les années 1990, le visage de la prostitution rémoise a beaucoup changé. Si quelques Françaises, souvent précaires, continuent d’exercer, l’immense majorité des personnes prostituées sont désormais des femmes étrangères, pour beaucoup victimes de réseaux de traite venus d’Europe de l’Est (Roumanie, Bulgarie) et d’Afrique (Nigéria). La prostitution est de moins en moins visible dans l’espace public mais n’a pas disparu pour autant.

3. Dynamique économique et sociale de la prostitution

Même si Reims n’est pas une capitale de la prostitution comme peuvent l’être Paris ou Lyon, le marché du sexe y brasse des sommes importantes, de l’ordre de plusieurs millions d’euros par an selon des estimations, au profit quasi-exclusif des proxénètes et réseaux criminels. Les personnes prostituées n’en perçoivent qu’une infime partie et vivent dans une grande précarité :

  • Précarité financière, administrative, sanitaire : beaucoup survivent dans des conditions indignes, sans accès aux droits ni aux soins
  • Isolement, déracinement, rejet social : la plupart sont sans-papiers, ne parlent pas français, coupées de leurs proches
  • Violences des clients, des proxénètes : coups, viols, séquestrations sont leur lot quotidien, dans une impunité quasi-totale
  • Troubles psycho-traumatiques sévères (stress post-traumatique, dissociation, addictions…) qui entravent toute réinsertion

Malgré le travail des associations, très peu parviennent à s’en sortir. Les parcours de sortie prévus par la loi de 2016 restent trop peu mis en œuvre, faute de moyens et de volonté politique. En 2022, seules 2 personnes en ont bénéficié à Reims. Les étrangères, même victimes de traite, peinent à obtenir protection et régularisation.

Au-delà des personnes prostituées, c’est toute la société qui paie le prix fort. Selon une étude, le coût des conséquences sociales indirectes de la prostitution (santé, délinquance, prise en charge…) s’élèverait à 1,6 milliard d’euros par an en France. Rapporté à la population rémoise, cela représenterait près de 10 millions d’euros, sans compter le coût humain.

4. Impact sur la société rémoise et perceptions

Si la prostitution est moins visible qu’autrefois à Reims, elle suscite toujours un certain rejet dans la population. Beaucoup voient les personnes prostituées comme des fauteurs de trouble, responsables de nuisances dans l’espace public. Cette stigmatisation aggrave leur exclusion et les empêche d’accéder à leurs droits.

Elle traduit aussi une méconnaissance des réalités de la prostitution, souvent assimilée à un « choix ». Les clients, eux, jouissent d’une large impunité sociale et pénale, malgré la loi. Pourtant, la prostitution représente un coût humain et financier élevé pour la société rémoise :

  • Atteintes à la santé publique : propagation des IST, problèmes gynécologiques et psychiatriques, addictions…
  • Délinquance et criminalité induites : proxénétisme, traite, violences, blanchiment d’argent…
  • Coût social et économique de la prise en charge des personnes prostituées (soins, hébergement, minima sociaux…) et de la répression

Surtout, la prostitution bafoue les droits humains fondamentaux et porte atteinte à la dignité des personnes, réduites à l’état de marchandise sexuelle. En tolérant son existence, la société cautionne un système d’exploitation des plus vulnérables, qui sont à 90% des femmes et des filles. Elle valide l’idée d’une « présomption de consentement » qui déresponsabilise les « clients ».

5. Initiatives et réponses des autorités et des organisations à Reims

Face à ce fléau, les pouvoirs publics rémois et les associations tentent d’agir, avec des moyens souvent insuffisants :

  • La Ville et la Préfecture ont mis en place une commission départementale de lutte contre la prostitution, qui se réunit 2 fois par an. Mais son action reste limitée, faute de moyens et de coordination.
  • La police mène des opérations contre le proxénétisme (3 réseaux démantelés en 2022, dont un réseau roumain) et verbalise parfois les clients. Mais la loi de 2016 est peu appliquée et la prostitution des mineures explose (+30% en 2 ans).
  • Plusieurs associations interviennent sur le terrain pour aller vers les personnes prostituées, les informer de leurs droits, leur proposer une aide médicale, sociale, juridique. C’est le cas d’Agir contre la prostitution des enfants, du Mouvement du Nid, de Médecins du Monde… Mais les besoins dépassent largement leurs moyens.
  • Un parcours de sortie a été mis en place par la préfecture en lien avec des associations, mais il ne concerne que 2 personnes, faute de solutions d’hébergement et d’insertion suffisantes.
  • Des actions de sensibilisation sont menées auprès des jeunes et du grand public, comme des interventions en milieu scolaire ou des événements comme la Journée mondiale contre l’exploitation sexuelle. Mais elles restent trop marginales face aux représentations qui banalisent la prostitution.

Malgré ces initiatives, la situation reste préoccupante. Les victimes de traite ne sont pas assez protégées. La prévention en direction des jeunes et des clients est quasi-inexistante. L’impunité des proxénètes et des « clients » perdure. Il faut un sursaut politique et des moyens à la hauteur de l’enjeu.

Conclusion

Ce tour d’horizon montre que la prostitution reste un fléau majeur à Reims, qui prospère sur la misère et broie des vies. Malgré une prise de conscience progressive et des efforts associatifs, les réponses publiques demeurent très en-deçà des besoins.

Il est urgent de changer d’échelle dans la lutte contre le système prostitutionnel, en actionnant tous les leviers :

  • Appliquer réellement la loi de 2016, en responsabilisant les « clients » et en protégeant les personnes prostituées
  • Développer des parcours de sortie dignes et accessibles, avec un accompagnement dans la durée
  • Renforcer la lutte contre les réseaux criminels, en s’attaquant à leurs profits et en aidant les victimes de traite
  • Mener des actions de sensibilisation massives auprès du grand public, des jeunes, des professionnels
  • Repenser la politique migratoire et sociale pour s’attaquer aux causes profondes (pauvreté, violences, inégalités)

C’est un immense défi qui engage toute la société rémoise et suppose une volonté politique au long cours. Des vies sont en jeu, des destins brisés à reconstruire. La prostitution n’est pas une fatalité : par notre mobilisation collective, nous pouvons aider les personnes à s’en libérer.

Sources
[1] https://arretonslesviolences.gouv.fr/sites/default/files/2020-04/Document%2010.pdf
[2] http://fondationscelles.org/pdf/FACTS/07-Les-consequences-de-la-prostitution-sur-la-sante-des-personnes-pages97-103-RapportFACTS.pdf
[3] https://www.prefectures-regions.gouv.fr/auvergne-rhone-alpes/Region-et-institutions/L-action-de-l-Etat/Droits-des-femmes-et-egalite/Prevention-et-lutte-contre-la-prostitution-nouvel-appel-a-projets
[4] https://www.cairn.info/revue-societes-2008-1-page-33.htm
[5] https://contrelatraite.org/developpement-psp
[6] https://books.openedition.org/pur/137361?lang=fr
[7] https://www.marne.gouv.fr/contenu/telechargement/30967/194412/file/Guide%2B2021%2B-%2BPersonnes%2BSituation%2BProstitution%2B-%2BMARNE.pdf
[8] https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1982_num_35_1_1523
[9] https://www.grandreims.fr/reimsbusiness/principaux-atouts-du-territoire
[10] https://www.audrr.fr/publications/lessentiel-des-donnees-socio-economiques-lechelle-de-reims
[11] https://www.lunion.fr/id559485/article/2024-01-19/la-prostitution-des-mineures-un-phenomene-en-voie-de-banalisation
[12] https://www.lunion.fr/id542149/article/2023-11-23/sur-google-earth-un-plaisantin-baptise-bois-kiki-le-bois-des-prostituees-sur-la
[13] https://fr.statista.com/statistiques/896544/prostitution-cout-consequences-sociales-indirectes-societe-france/
[14] https://www.lunion.fr/id51794/article/2019-03-20/trop-visible-la-prostitution-derange-place-sainte-claire-reims
[15] http://www.dossiers-flaubert.fr/b-9825-3
[16] https://www.lardennais.fr/art/735182/article/2016-05-30/prostitution-pres-de-la-gare-de-reims-les-riverains-sont-exasperes
[17] https://maisons-champagne.com/fr/encyclopedies/histoire-du-champagne/article/palais-oriental-ou-p-o
[18] http://nahla.ba/www/2020/09/23/prostituees-sur-reims/
[19] https://www.gralon.net/mairies-france/marne/associations-tag-prostitution-reims_13660_51454.htm
[20] https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/reseau-roumain-prostitution-demantele-section-recherches-reims-1149139.html

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