Prostitution à Toulon : cartographie et état des lieux
Toulon, un important port militaire en Méditerranée, a longtemps été perçue comme une ville marquée par la débauche et la prostitution, notamment en raison de la présence de nombreux marins. Mais quelle est la situation actuelle ? En tant que militante dévouée, je souhaite fournir un état des lieux des prostituées à Toulon, en examinant son ampleur, ses évolutions et son impact sur les victimes et la société.
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1. Cartographie de la prostitution toulonnaise actuelle
Aujourd’hui, la prostitution de rue a fortement diminué à Toulon, sous l’effet conjugué de la pression policière, d’arrêtés municipaux anti-racolage et de la concurrence d’Internet. Quelques secteurs restent toutefois concernés :
- Le quartier de la gare, en particulier le boulevard de Tessé, où une dizaine de femmes, surtout africaines, continuent d’exercer
- Certaines artères du centre-ville la nuit (boulevard de Strasbourg, rue Anatole France…)
- La zone industrielle de Toulon Est, aux abords de l’A57, fréquentée par des camionnettes de prostituées d’Europe de l’Est
Mais l’essentiel de l’activité prostitutionnelle se déroule désormais à l’abri des regards :
- Dans des appartements « discrets », souvent loués par des réseaux nigérians ou chinois, y compris dans des quartiers résidentiels
- Dans des dizaines de salons de massage qui servent de paravent à la prostitution, y compris en centre-ville
- Via des annonces en ligne sur des sites d’escorts, qui drainent une clientèle plus jeune et connectée
Cette prostitution « indoor » échappe largement aux contrôles et expose les personnes à de grands dangers (isolement, emprise des proxénètes…). Elle favorise aussi la prostitution de mineures, recrutées sur les réseaux sociaux avec des techniques de lover boy. En 2022, les associations ont identifié une trentaine de très jeunes filles contraintes de se prostituer à Toulon.
La prostitution masculine et transgenre existe aussi, de façon plus marginale. Quelques hommes, souvent précaires, racolent aux abords du port ou dans des lieux extérieurs comme le Jardin Alexandre 1er. Les personnes trans, surtout sud-américaines, cumulent les facteurs de vulnérabilité et subissent des violences d’une extrême brutalité.
2. Historique et évolution de la prostitution à Toulon
La prostitution à Toulon remonte à plusieurs siècles et est intimement liée à l’histoire de la ville en tant que port militaire. Dès le Moyen-Âge, des femmes « de mauvaise vie » exerçaient dans le quartier de la Visitation. Au XIXe siècle, la prostitution s’est institutionnalisée avec la création de maisons closes, en particulier dans le « quartier réservé » autour de la place Puget et de la rue d’Alger. Elles étaient alors tolérées et réglementées par les autorités.
Mais en 1946, la loi Marthe Richard a interdit les bordels dans toute la France. S’en est suivi un déclin progressif du « quartier réservé » toulonnais dans les années 50. Pour autant, la prostitution n’a pas disparu mais a pris d’autres formes, plus précaires et clandestines : racolage de rue, bars à hôtesses, hôtels de passe… Elle restait alimentée par la présence de la Marine et des arsenaux.
Depuis les années 90, le visage de la prostitution toulonnaise a beaucoup changé. Si quelques Françaises, souvent précaires, continuent d’exercer, l’immense majorité des personnes prostituées sont désormais des femmes étrangères, pour beaucoup victimes de réseaux de traite venus d’Afrique (Nigéria, Cameroun) et d’Europe de l’Est (Roumanie, Bulgarie). La prostitution est de moins en moins visible dans l’espace public mais n’a pas disparu pour autant.
3. Dynamique économique et sociale de la prostitution
Même si Toulon n’est plus la « capitale du sexe » qu’elle a pu être, le marché prostitutionnel y brasse encore des sommes importantes, de l’ordre de plusieurs millions d’euros par an selon des estimations, au profit quasi-exclusif des proxénètes et réseaux criminels. Les personnes prostituées n’en perçoivent qu’une infime partie et vivent dans une grande précarité :
- Précarité financière, administrative, sanitaire : beaucoup survivent dans des conditions indignes, sans accès aux droits ni aux soins
- Isolement, déracinement, rejet social : la plupart sont sans-papiers, ne parlent pas français, coupées de leurs proches
- Violences des clients, des proxénètes : coups, viols, séquestrations sont leur lot quotidien, dans une impunité quasi-totale
- Troubles psycho-traumatiques sévères (stress post-traumatique, dissociation, addictions…) qui entravent toute réinsertion
Malgré le travail des associations comme la nôtre, très peu parviennent à s’en sortir. Les parcours de sortie prévus par la loi de 2016 restent trop peu mis en œuvre, faute de moyens et de volonté politique. En 2022, seules 3 personnes en ont bénéficié à Toulon. Les étrangères, même victimes de traite, peinent à obtenir protection et régularisation.
4. Impact sur la société toulonnaise et perceptions
Si la prostitution est moins visible qu’autrefois à Toulon, elle suscite toujours un certain rejet dans la population. Beaucoup voient les personnes prostituées comme des fauteurs de trouble, responsables de nuisances dans l’espace public. Cette stigmatisation aggrave leur exclusion et les empêche d’accéder à leurs droits.
Elle traduit aussi une méconnaissance des réalités de la prostitution, souvent assimilée à un « choix ». Les clients, eux, jouissent d’une large impunité sociale et pénale, malgré la loi. Pourtant, la prostitution représente un coût humain et financier élevé pour la société :
- Atteintes à la santé publique : propagation des IST, problèmes gynécologiques et psychiatriques, addictions…
- Délinquance et criminalité induites : proxénétisme, traite, violences, blanchiment d’argent…
- Coût social et économique de la prise en charge des personnes prostituées (soins, hébergement, minima sociaux…) et de la répression
Surtout, la prostitution bafoue les droits humains fondamentaux et porte atteinte à la dignité des personnes, réduites à l’état de marchandise sexuelle. En tolérant son existence, la société cautionne un système d’exploitation des plus vulnérables, qui sont à 90% des femmes et des filles. Elle valide l’idée d’une « présomption de consentement » qui déresponsabilise les « clients ».
5. Initiatives et réponses des autorités et des organisations à Toulon
Face à ce fléau, les pouvoirs publics toulonnais et les associations tentent d’agir, avec des moyens souvent insuffisants :
- La Ville a pris des arrêtés anti-prostitution et soutient des associations comme le Mouvement du Nid, mais sans réelle politique globale
- La police mène des opérations contre le proxénétisme (2 réseaux nigérians démantelés en 2022) et verbalise parfois les clients, mais la loi de 2016 est peu appliquée
- Notre association, le Mouvement du Nid, va à la rencontre des personnes prostituées via des maraudes pour leur proposer une aide médicale, sociale, juridique et les accompagner vers une alternative. Mais les besoins dépassent nos moyens humains et financiers.
- Un parcours de sortie a été mis en place par la préfecture en lien avec des associations, mais il ne concerne que quelques personnes, faute de solutions d’hébergement et d’insertion suffisantes
- Des actions de sensibilisation sont menées auprès des jeunes et du grand public, comme des conférences ou des expositions, pour déconstruire les mythes sur la prostitution. Mais elles restent trop marginales face aux représentations qui la banalisent.
Malgré ces initiatives, la situation reste préoccupante. Les victimes de traite ne sont pas assez protégées. La prévention en direction des jeunes et des clients est quasi-inexistante. L’impunité des proxénètes et des « clients » perdure. Il faut un sursaut politique et des moyens à la hauteur de l’enjeu.
Conclusion
Ce tour d’horizon montre que même si la prostitution a reculé à Toulon, elle reste un fléau qui prospère sur la misère et broie des vies. Malgré une prise de conscience progressive et des efforts associatifs, les réponses publiques demeurent très en-deçà des besoins.
Il est urgent de changer d’échelle dans la lutte contre le système prostitutionnel, en actionnant tous les leviers :
- Appliquer réellement la loi de 2016, en responsabilisant les « clients » et en protégeant les personnes prostituées
- Développer des parcours de sortie dignes et accessibles, avec un accompagnement dans la durée
- Renforcer la lutte contre les réseaux criminels, en s’attaquant à leurs profits et en aidant les victimes de traite
- Mener des actions de sensibilisation massives auprès du grand public, des jeunes, des professionnels
- Repenser la politique migratoire et sociale pour s’attaquer aux causes profondes (pauvreté, violences, inégalités)
C’est un immense défi qui engage toute la société et suppose une volonté politique au long cours. Des vies sont en jeu, des destins brisés à reconstruire. La prostitution n’est pas une fatalité : par notre mobilisation collective, nous pouvons aider les personnes à s’en libérer et bâtir un monde plus juste et fraternel.

