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Comment appelle-t-on un homme qui se prostitue ?

Après 20 ans de travail auprès des personnes prostituées, j’ai acquis une connaissance approfondie de ce milieu et de ses réalités souvent méconnues du grand public. Si la prostitution féminine est la plus visible et médiatisée, la prostitution masculine existe bel et bien, même si elle reste plus taboue et cachée. Dans cet article, je souhaite lever le voile sur cette réalité et expliquer les différents termes utilisés pour désigner les hommes qui se prostituent. Mon but est de sensibiliser à la souffrance de ces personnes et de montrer pourquoi il faut lutter contre le système prostitueur dans son ensemble.

Les différentes appellations des hommes prostitués

Le terme « gigolo »

Le terme le plus connu du grand public est sans doute celui de « gigolo ». Ce mot d’origine italienne désigne un jeune homme entretenu par une femme plus âgée, généralement en échange de faveurs sexuelles. Le gigolo est souvent associé à une image glamour véhiculée par le cinéma, celle du séducteur professionnel fréquentant la haute société.

Mais derrière ce cliché se cache une réalité bien moins reluisante. Les gigolos sont le plus souvent des jeunes hommes en situation de précarité, contraints de vendre leur corps et leurs charmes à des femmes plus aisées pour survivre. Loin du luxe et du strass, beaucoup vivent dans des conditions difficiles et subissent diverses formes de violence et d’exploitation.

De plus, le terme de gigolo tend à banaliser et à glamouriser une forme de prostitution, en occultant la dimension d’exploitation sexuelle. C’est pourquoi je préfère ne pas utiliser ce mot qui me semble inapproprié pour décrire la réalité de la prostitution masculine.

Le terme « escort »

Un autre terme fréquemment utilisé est celui d' »escort » ou « escort-boy ». Il désigne un homme proposant ses services d’accompagnement, pouvant inclure des prestations sexuelles, généralement à une clientèle aisée. Le terme d’escort se veut plus « haut de gamme » que celui de prostitué.

Là encore, il s’agit d’un euphémisme qui masque la réalité de l’exploitation sexuelle. Les escorts masculins, malgré une apparence de choix et d’indépendance, sont soumis aux mêmes risques et traumatismes que les autres personnes prostituées : violences, infections sexuellement transmissibles, troubles psychologiques, etc.

De plus, le terme d’escort entretient l’illusion d’une prostitution « choisie » et épanouissante, ce qui est rarement le cas. La grande majorité des escorts sont poussés vers cette activité par des difficultés économiques ou un parcours de vie chaotique.

Le terme « micheton »

Dans l’argot du milieu prostitutionnel, on utilise parfois le terme de « micheton » pour désigner un homme qui se prostitue, notamment dans la rue. Ce mot à connotation péjorative est surtout employé dans certains milieux marginaux.

Il reflète le mépris dont sont souvent victimes les hommes prostitués, y compris au sein même du milieu de la prostitution. Considérés comme « moins virils », ils subissent une double stigmatisation, à la fois comme prostitués et comme hommes ne correspondant pas aux stéréotypes masculins dominants.

Ce terme péjoratif est à proscrire car il ne fait que renforcer la stigmatisation des personnes prostituées, au lieu de les considérer comme des victimes d’un système d’exploitation qu’il faut combattre.

Le terme « travailleur du sexe masculin »

Certains militants pro-prostitution utilisent l’expression « travailleur du sexe masculin » pour désigner les hommes prostitués. Cette formulation vise à présenter la prostitution comme un « travail » comme un autre et à la banaliser.

Je m’oppose fermement à cette vision qui occulte totalement la violence intrinsèque du système prostitutionnel. La prostitution n’est pas un travail, c’est une forme d’exploitation du corps et de la sexualité d’autrui. Utiliser le terme de « travail du sexe » revient à cautionner et à légitimer cette exploitation.

De plus, cette expression gomme toutes les spécificités liées au genre dans la prostitution. Or les hommes prostitués, bien que minoritaires, sont confrontés à des problématiques particulières qu’il ne faut pas nier.

Le terme « prostitué masculin »

Personnellement, je préfère utiliser le terme de « prostitué » ou « personne prostituée » en précisant qu’il s’agit d’un homme. Cette formulation a le mérite d’être claire et de nommer les choses telles qu’elles sont, sans euphémisme ni stigmatisation.

Parler de « prostitué masculin » permet de rappeler que la prostitution concerne aussi les hommes, tout en soulignant qu’il s’agit bien d’une forme d’exploitation sexuelle, quelle que soit l’identité de genre de la personne prostituée.

Ce terme permet également de ne pas occulter la dimension genrée de la prostitution : même si elle concerne aussi des hommes, elle reste un phénomène très majoritairement féminin, s’inscrivant dans un système patriarcal d’appropriation du corps des femmes.

Les réalités de la prostitution masculine

Un phénomène minoritaire mais bien réel

Si la prostitution reste très majoritairement féminine, la prostitution masculine est une réalité qu’il ne faut pas occulter. Selon les estimations, les hommes représenteraient environ 10 à 20% des personnes prostituées en France.

Ce phénomène reste cependant beaucoup plus caché et tabou que la prostitution féminine. Les prostitués masculins sont moins visibles dans l’espace public et exercent davantage via internet ou dans des établissements spécialisés.

Cette invisibilité relative ne doit pas faire oublier que ces hommes sont tout autant victimes du système prostitueur et ont besoin d’aide et de soutien pour en sortir.

Des parcours marqués par la précarité

Contrairement aux clichés véhiculés par certains films ou séries, la grande majorité des hommes prostitués ne sont pas des séducteurs vivant dans le luxe. Comme pour les femmes, c’est généralement la précarité économique qui les pousse vers la prostitution.

Beaucoup sont des jeunes en rupture familiale, parfois à la rue, qui se prostituent pour survivre. D’autres sont des hommes plus âgés, au chômage ou avec de faibles revenus, qui ont recours à la prostitution occasionnelle pour « joindre les deux bouts ».

La prostitution masculine touche aussi particulièrement certaines populations vulnérables comme les migrants ou les personnes transgenres. Elle s’inscrit souvent dans des parcours de vie chaotiques, marqués par les violences et l’exclusion.

Une clientèle majoritairement masculine

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la clientèle des prostitués masculins est elle aussi très majoritairement masculine. Si certains hommes se prostituent auprès de femmes (les fameux « gigolos »), ils restent minoritaires.

La plupart des clients sont des hommes, souvent mariés ou en couple, qui cherchent des relations homosexuelles tarifées tout en gardant une façade d’hétérosexualité. Cette dimension ajoute une couche supplémentaire de tabou et d’invisibilité à la prostitution masculine.

Cette réalité montre bien que la prostitution s’inscrit dans un système patriarcal global d’exploitation sexuelle, quel que soit le genre des personnes impliquées.

Des risques sanitaires importants

Comme toutes les personnes prostituées, les hommes qui se prostituent sont particulièrement exposés aux risques sanitaires, notamment aux infections sexuellement transmissibles (IST) comme le VIH.

Les pratiques à risque sont fréquentes, surtout dans un contexte de précarité où le besoin d’argent prime sur la protection. De plus, le tabou entourant la prostitution masculine rend plus difficile l’accès à la prévention et aux soins pour ces hommes.

Les consommations de drogues et d’alcool, très répandues pour supporter la violence de la prostitution, aggravent encore ces risques sanitaires.

Des traumatismes psychologiques profonds

Au-delà des risques physiques, la prostitution engendre de profonds traumatismes psychologiques chez les hommes comme chez les femmes. Beaucoup développent des troubles anxio-dépressifs, des addictions, ou un syndrome de stress post-traumatique.

La dissociation psychique, mécanisme de défense pour supporter la répétition d’actes sexuels non désirés, est très fréquente. Elle entraîne de graves séquelles sur l’estime de soi et la capacité à nouer des relations saines.

De plus, le tabou entourant la prostitution masculine rend encore plus difficile pour ces hommes de parler de leur vécu et d’accéder à un soutien psychologique adapté.

Pourquoi lutter contre la prostitution masculine ?

Une atteinte à la dignité humaine

Quelle que soit l’identité de genre de la personne prostituée, la prostitution reste une atteinte fondamentale à la dignité humaine. Elle réduit un être humain à l’état d’objet sexuel que l’on peut acheter.

Le fait que certains hommes se prostituent ne change rien à cette réalité. Leur corps et leur sexualité sont tout autant instrumentalisés que ceux des femmes prostituées. Il n’y a pas de prostitution « acceptable » qui serait moins grave que d’autres.

C’est tout le système prostitueur qu’il faut combattre, dans toutes ses formes, car il est intrinsèquement violent et déshumanisant.

Un obstacle à l’égalité femmes-hommes

Certains utilisent l’existence de la prostitution masculine pour nier la dimension genrée du phénomène prostitutionnel. Or c’est un sophisme : le fait que des hommes se prostituent ne change rien au fait que la prostitution reste très majoritairement féminine.

De plus, même quand elle concerne des hommes, la prostitution s’inscrit dans un système patriarcal global d’appropriation des corps. Elle véhicule l’idée que la sexualité peut s’acheter, ce qui nuit aux relations égalitaires entre les genres.

Lutter contre toutes les formes de prostitution, y compris masculine, c’est œuvrer pour une société plus égalitaire.

Un frein à l’émancipation des personnes LGBT+

La prostitution masculine concerne particulièrement les hommes homosexuels ou bisexuels, ainsi que les personnes transgenres. Or elle constitue un frein à leur émancipation et à leur acceptation sociale.

En effet, elle entretient des clichés néfastes associant homosexualité et pratiques sexuelles tarifées. Elle enferme certains dans des schémas d’autodestruction liés à une mauvaise estime de soi.

Une véritable politique de lutte contre les LGBTphobies doit inclure la lutte contre la prostitution qui touche ces populations vulnérables.

Un enjeu de santé publique

Comme évoqué plus haut, la prostitution masculine pose d’importants problèmes sanitaires, notamment en termes de propagation des IST. Les hommes qui se prostituent constituent une population particulièrement exposée.

Or le tabou entourant ces pratiques rend difficile la mise en place d’actions de prévention efficaces. Lutter contre la prostitution masculine, c’est aussi protéger la santé de ces hommes et de leurs clients.

C’est un enjeu de santé publique qui concerne toute la société, au-delà des seules personnes impliquées dans la prostitution.

Une forme d’exploitation à combattre

Derrière la prostitution masculine se cachent souvent des réseaux d’exploitation organisée, notamment dans le cas des mineurs ou des migrants. Ces hommes sont les victimes de proxénètes et de trafiquants qui profitent de leur vulnérabilité.

Lutter contre la prostitution masculine, c’est aussi lutter contre cette criminalité organisée qui fait des ravages, en particulier chez les plus jeunes et les plus précaires.

C’est un combat pour la justice sociale et contre toutes les formes d’exploitation des êtres humains.

Comment aider les hommes à sortir de la prostitution ?

Briser le tabou et la stigmatisation

La première étape pour venir en aide aux hommes prostitués est de briser le tabou qui entoure ce phénomène. Il faut en parler, le rendre visible, sans jugement ni stigmatisation.

Cela passe par un travail de sensibilisation du grand public, mais aussi des professionnels de santé et du social qui sont souvent démunis face à ces situations. Il faut former les intervenants à la spécificité de la prostitution masculine.

Il est essentiel aussi de lutter contre la double stigmatisation dont sont victimes ces hommes, à la fois comme prostitués et comme ne correspondant pas aux stéréotypes de genre dominants.

Proposer un accompagnement global

Comme pour les femmes, la sortie de la prostitution nécessite un accompagnement global prenant en compte tous les aspects de la vie de la personne : santé, logement, formation, emploi, etc.

Il faut développer des parcours de sortie adaptés aux problématiques spécifiques des hommes, en s’appuyant sur les dispositifs existants comme les commissions départementales de lutte contre la prostitution.

Cet accompagnement doit inclure une prise en charge psychologique pour traiter les traumatismes liés à la prostitution. Des groupes de parole entre pairs peuvent être très bénéfiques.

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