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Pourquoi les femmes se prostituent : les vraies raisons

Après plus de 20 ans passés à travailler auprès des travailleuses du sexe pour les aider à sortir de la prostitution, j’ai pu constater de près les multiples facteurs qui poussent les femmes à vendre leur corps. Contrairement aux idées reçues, la prostitution n’est que très rarement un « choix » librement consenti. La réalité est bien plus complexe et dramatique.

La pauvreté et la précarité économique

La raison numéro un qui pousse les femmes à se prostituer est sans conteste la pauvreté. Dans un contexte économique difficile, avec un chômage élevé et des inégalités croissantes, de nombreuses femmes se retrouvent dans des situations financières désespérées. Sans ressources, sans emploi stable, parfois avec des enfants à charge, elles voient la prostitution comme un dernier recours pour survivre et subvenir à leurs besoins de base.

J’ai rencontré des centaines de femmes qui m’ont expliqué s’être tournées vers la prostitution car elles n’avaient littéralement plus rien à manger, qu’elles allaient être expulsées de leur logement ou qu’elles ne pouvaient plus payer les frais de scolarité de leurs enfants. La prostitution apparaît alors comme une « solution » de survie immédiate, même si elle a des conséquences dramatiques sur le long terme.

Cette réalité est particulièrement criante dans les pays en développement, où l’extrême pauvreté pousse de très jeunes filles à se prostituer dès l’adolescence. Mais même dans nos pays occidentaux, la précarisation croissante d’une partie de la population crée un terreau favorable à l’entrée dans la prostitution.

Le cas des étudiantes précaires

Un phénomène inquiétant que j’ai pu observer ces dernières années est l’augmentation de la prostitution étudiante. De plus en plus de jeunes femmes issues de milieux modestes, qui n’arrivent pas à financer leurs études, se tournent vers ce qu’elles appellent pudiquement l' »escorting » pour payer leur loyer et leurs frais de scolarité.

Attirées par l’appât d’un gain facile et rapide, elles pensent pouvoir contrôler la situation. Mais très vite, elles se retrouvent prises au piège d’un engrenage dont il est difficile de sortir. J’ai accompagné plusieurs étudiantes qui avaient commencé à se prostituer « occasionnellement » et qui n’arrivaient plus à arrêter, malgré les graves conséquences psychologiques.

Les violences et traumatismes subis dans l’enfance

Un autre facteur majeur d’entrée dans la prostitution, trop souvent méconnu, est le fait d’avoir subi des violences sexuelles durant l’enfance ou l’adolescence. Les études montrent qu’une très large majorité des femmes prostituées ont été victimes d’inceste, de viol ou d’agressions sexuelles avant l’âge adulte.

Ces traumatismes précoces créent une véritable dissociation psychique : la victime apprend à « sortir de son corps » pour supporter l’insupportable. Ce mécanisme de survie est ensuite réactivé dans la prostitution. De plus, avoir été sexuellement abusée enfant détruit l’estime de soi et donne le sentiment de n’avoir de valeur que par son corps et sa sexualité.

J’ai écouté d’innombrables récits bouleversants de femmes qui avaient subi des viols répétés dans leur jeunesse, souvent par un proche. Beaucoup m’ont dit avoir l’impression que leur corps ne leur appartenait plus, qu’il était « déjà sali ». La prostitution apparaît alors presque comme une suite « logique » de ce vécu traumatique.

Le cas des mineures en fugue

Un cas particulier et dramatique est celui des très jeunes filles, souvent mineures, qui fuient un contexte familial violent ou incestueux. Se retrouvant à la rue sans ressources, elles sont des proies faciles pour les proxénètes et les réseaux qui les exploitent sexuellement.

J’ai accompagné plusieurs adolescentes qui s’étaient prostituées dès 13-14 ans après avoir fugué de chez elles. Complètement perdues et vulnérables, elles étaient tombées sous la coupe de « petits amis » proxénètes qui les avaient rapidement mises sur le trottoir. Il est ensuite extrêmement difficile de les sortir de cet engrenage.

La toxicomanie

La consommation de drogues est intimement liée au monde de la prostitution. De nombreuses femmes se prostituent pour financer leur addiction, qu’il s’agisse d’héroïne, de cocaïne ou d’autres substances. Le besoin irrépressible de se procurer sa dose pousse à accepter n’importe quelles conditions, même les plus dangereuses.

Mais la drogue est aussi utilisée pendant la prostitution, comme un moyen de supporter l’insupportable, de « tenir le coup ». Beaucoup de prostituées m’ont expliqué qu’elles ne pouvaient pas exercer sans être sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants. C’est un véritable cercle vicieux : on se drogue pour supporter la prostitution, et on se prostitue pour payer sa drogue.

Le cas des femmes en errance

Les femmes sans domicile fixe, en errance dans la rue, sont particulièrement vulnérables. Épuisées physiquement et psychologiquement, souvent alcoolisées ou droguées, elles en viennent à échanger des rapports sexuels contre un peu d’argent ou même simplement un hébergement pour la nuit.

J’ai rencontré de nombreuses femmes SDF qui alternaient entre mendicité et prostitution de survie. Certaines m’ont expliqué qu’elles préféraient encore « faire une passe » plutôt que de dormir dehors par grand froid. La prostitution devient alors le dernier filet de sécurité quand on a tout perdu.

L’emprise des réseaux criminels

Une part importante de la prostitution est aujourd’hui entre les mains de réseaux criminels organisés, qui exploitent des femmes vulnérables, souvent étrangères. Ces réseaux utilisent différentes méthodes pour recruter leurs victimes :

La traite des êtres humains

De nombreuses jeunes femmes, originaires d’Europe de l’Est, d’Afrique ou d’Asie, sont attirées par de fausses promesses d’emploi dans les pays occidentaux. Une fois sur place, elles se retrouvent prisonnières de réseaux qui confisquent leurs papiers et les forcent à se prostituer pour rembourser une prétendue « dette ».

J’ai accompagné plusieurs victimes de la traite, notamment des Nigérianes terrorisées par des rituels vaudous. Privées de leurs documents, ne parlant pas la langue, elles se retrouvent totalement à la merci de leurs exploiteurs. Il est extrêmement difficile et dangereux pour elles d’échapper à leur condition.

Le proxénétisme de cité

Un phénomène plus récent est celui du proxénétisme dans les quartiers défavorisés. De jeunes hommes recrutent des adolescentes fragiles, souvent en rupture familiale, en jouant les « petits amis ». Ils les isolent progressivement puis les poussent à se prostituer, usant de violences physiques et psychologiques.

J’ai vu de très jeunes filles, parfois mineures, totalement sous l’emprise de ces réseaux de proxénètes. Manipulées affectivement, elles peinent à se considérer comme des victimes et refusent souvent l’aide qu’on leur propose. L’emprise psychologique est redoutable.

Le mythe de la prostitution « choisie »

Face à ces réalités, l’idée d’une prostitution librement choisie apparaît largement comme un mythe. Certes, une infime minorité de femmes affirment avoir fait ce choix en toute connaissance de cause. Mais l’immense majorité des prostituées que j’ai rencontrées en 20 ans étaient prisonnières de leur condition.

Même celles qui prétendent au départ l’avoir « choisi » finissent par avouer qu’elles n’avaient en réalité pas d’autre option, ou qu’elles étaient trop jeunes et naïves pour mesurer les conséquences. La prostitution laisse des séquelles psychologiques et physiques durables, dont il est très difficile de se remettre.

Le cas des « escortes de luxe »

L’exemple des soi-disant « escortes de luxe » est souvent mis en avant pour justifier l’idée d’une prostitution épanouie et choisie. Mais la réalité est bien différente. J’ai accompagné plusieurs femmes qui exerçaient ce type de prostitution « haut de gamme ». Derrière le vernis glamour se cachaient les mêmes traumatismes, la même dissociation psychique, les mêmes addictions.

Ces femmes m’ont confié à quel point elles se sentaient prisonnières de ce mode de vie, incapables d’en sortir malgré leur dégoût. L’argent facile devient une drogue dont il est difficile de se passer. Et l’image sociale à maintenir empêche de demander de l’aide.

Les conséquences dramatiques de la prostitution

Quelle que soit la raison de l’entrée dans la prostitution, les conséquences sont invariablement désastreuses pour les femmes qui la pratiquent. Mon expérience de terrain m’a permis de constater les dégâts considérables sur tous les plans :

Sur le plan psychologique

La prostitution engendre des traumatismes psychiques profonds. La dissociation permanente entre le corps et l’esprit finit par créer de graves troubles dissociatifs. L’estime de soi est complètement détruite. La dépression, l’anxiété et le stress post-traumatique sont quasiment systématiques.

De nombreuses femmes que j’ai suivies souffraient de terreurs nocturnes, de crises d’angoisse, voire de tendances suicidaires. Beaucoup développent également des addictions pour supporter leur condition. Le chemin vers la « reconstruction » psychique est long et difficile.

Sur le plan physique

Les violences physiques sont malheureusement très fréquentes dans le milieu prostitutionnel. Coups, viols, agressions… rares sont les femmes qui y échappent. S’y ajoutent les risques sanitaires : MST, hépatites, HIV. Sans parler des grossesses non désirées et des avortements à répétition qui fragilisent l’organisme.

J’ai vu trop de femmes marquées dans leur chair, épuisées physiquement par des années de prostitution. Certaines en gardent des séquelles irréversibles. L’espérance de vie des personnes prostituées est d’ailleurs nettement inférieure à la moyenne.

Sur le plan social

La prostitution entraîne une mise au ban de la société. Les femmes qui la pratiquent sont stigmatisées, rejetées par leur entourage. Beaucoup perdent tout lien avec leur famille. Il devient quasiment impossible d’avoir une vie sociale « normale » ou de nouer des relations amoureuses saines.

La réinsertion sociale après des années de prostitution est un parcours du combattant. Absence de CV, de qualifications, casier judiciaire… autant d’obstacles pour retrouver un emploi classique. Sans un accompagnement adapté, beaucoup retombent dans leurs anciens réseaux faute d’alternative.

Comment aider les femmes à sortir de la prostitution ?

Face à ce constat accablant, il est urgent d’agir pour aider les femmes à sortir de la prostitution. Mon expérience de terrain m’a montré qu’avec un accompagnement adapté, une « reconstruction » est possible. Voici quelques pistes d’action essentielles :

Un accompagnement global et sur le long terme

La sortie de la prostitution ne peut se faire du jour au lendemain. Il faut un accompagnement global, à la fois psychologique, social, médical et professionnel. Et surtout, il faut du temps : plusieurs mois, voire plusieurs années sont souvent nécessaires.

Les associations spécialisées comme celle dans laquelle j’ai travaillé proposent ce type de suivi personnalisé. Mais les moyens manquent cruellement pour répondre à tous les besoins. Il faut absolument développer les structures d’accueil et d’accompagnement sur tout le territoire.

Des solutions de logement

L’une des premières urgences est de permettre aux femmes qui le souhaitent de quitter le milieu prostitutionnel. Cela passe par des solutions d’hébergement d’urgence, puis de logement pérenne. Sans un toit, il est quasiment impossible d’enclencher un processus de sortie.

Là encore, les places en centres d’hébergement spécialisés sont bien trop rares. Il faudrait créer davantage de structures adaptées, offrant un cadre sécurisant et un accompagnement global.

Un accompagnement psychologique

Le suivi psychologique est indispensable pour surmonter les traumatismes liés à la prostitution. Il faut des thérapeutes formés spécifiquement à cette problématique, capables d’aider les femmes à se reconstruire sur le plan identitaire et émotionnel.

Les groupes de parole entre « survivantes » de la prostitution sont également très bénéfiques. Ils permettent de rompre l’isolement et de s’identifier à des parcours de réussite.

Une insertion professionnelle adaptée

La réinsertion professionnelle est un enjeu majeur pour permettre aux femmes de quitter durablement la prostitution. Cela passe par des formations qualifiantes, adaptées à leurs besoins. Mais aussi par un accompagnement personnalisé vers l’emploi, avec des entreprises partenaires sensibilisées.

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