Prostitution à Marseille : cartographie et état des lieux
Marseille, connue pour son vieux port et son ambiance méditerranéenne, dissimule une réalité sombre : la prostitution, qui demeure présente malgré les initiatives menées par les autorités et les associations depuis des années. En tant que militante engagée, je souhaite dresser un état des lieux sans concession de la situation des personnes prostituées à Marseille, en évaluant l’ampleur du phénomène, ses évolutions et ses impacts sur les victimes et la société.
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1. Cartographie de la prostitution marseillaise actuelle
Aujourd’hui, la prostitution est présente dans de nombreux quartiers de Marseille, du centre-ville (Opéra, Noailles, Belsunce) aux quartiers Nord, en passant par des zones plus résidentielles comme le 8ème arrondissement. Elle prend diverses formes :
- Prostitution de rue, principalement autour de la gare Saint-Charles, sur les boulevards Athènes et Dugommier, les rues Curiol et Sénac, etc. Les femmes y sont très exposées aux violences et au proxénétisme.
- Prostitution en appartements, bars à hôtesses, salons de massage, souvent contrôlés par des réseaux. Les conditions y sont difficiles, avec des cadences infernales et peu de protection.
- Prostitution via Internet (annonces, réseaux sociaux) en forte hausse mais plus difficile à quantifier et contrôler.
Les personnes prostituées sont à 85-90% des femmes, souvent étrangères (Nigérianes, Europe de l’Est, Maghreb, Chine…), dont beaucoup sont victimes de traite. On compte aussi des hommes et personnes transgenres. La plupart sont dans une grande précarité économique et sociale, avec des parcours de vie marqués par les violences et les ruptures.
Certains quartiers sont devenus de véritables « zones de non-droit » où se concentrent misère sociale et réseaux criminels. C’est le cas notamment de la rue Curiol, haut lieu du proxénétisme où des jeunes femmes sont « mises en vitrine » dans des conditions indignes. Ou encore du quartier Sénac, très dangereux, où opèrent des réseaux de traite nigérians d’une violence extrême.
2. Historique et évolution de la prostitution à Marseille
La prostitution à Marseille remonte à l’Antiquité, en raison notamment de son statut de grand port méditerranéen. Au fil des siècles, elle s’est développée dans certains quartiers populaires comme les vieux ports. Des maisons closes étaient légales et réglementées jusqu’en 1946, date à laquelle la loi Marthe Richard les a interdites dans toute la France.
Depuis, la prostitution est tolérée mais le proxénétisme et le racolage sont prohibés. En 2016, une nouvelle loi a instauré la pénalisation des clients, une avancée importante même si son application reste limitée. Malgré ce cadre légal, la prostitution perdure à Marseille, souvent de façon plus précaire et risquée pour les personnes qui la pratiquent.
Au fil des décennies, les origines des personnes prostituées ont évolué, avec l’arrivée massive de femmes étrangères, notamment d’Europe de l’Est et d’Afrique, souvent victimes de réseaux de traite. Les lieux et formes de prostitution se sont aussi diversifiés : rue, bars, salons de massage, Internet… Mais les violences, l’exploitation et la précarité restent des constantes.
3. Dynamique économique et sociale de la prostitution
Le marché du sexe génère des sommes considérables à Marseille, estimées à plusieurs dizaines de millions d’euros par an, qui profitent surtout aux proxénètes et réseaux criminels. Les personnes prostituées ne touchent qu’une infime partie de cet argent et vivent dans des conditions très difficiles :
- Précarité financière, administrative, de logement : beaucoup vivent dans des hôtels sordides, des squats, parfois à la rue.
- Isolement social et affectif, stigmatisation, rejet familial : la prostitution reste très mal vue et condamne à la clandestinité.
- Violences des clients, des proxénètes, parfois de la police : agressions, viols, séquestrations, menaces sont monnaie courante.
- Problèmes de santé (IST, addictions, troubles psychologiques) et accès limité aux soins : la plupart n’ont pas de couverture médicale.
Malgré quelques structures d’accueil et d’accompagnement, beaucoup restent en marge des dispositifs de protection sociale et juridique. Celles qui veulent arrêter se heurtent au manque de solutions et de perspectives, surtout les étrangères sans-papiers. Sortir de la prostitution est un parcours long et difficile.
4. Impact sur la société marseillaise et perceptions
La prostitution suscite des réactions ambivalentes dans la population. Si une partie est indifférente ou tolérante, beaucoup expriment un rejet, une stigmatisation des personnes prostituées vues comme « déviantes » ou « coupables ». Cela renforce leur isolement et les empêche de faire valoir leurs droits.
La présence visible de la prostitution dans certains quartiers crée aussi des tensions avec les riverains qui se plaignent des nuisances (préservatifs au sol, disputes, passages de voitures la nuit…). Cela alimente un sentiment d’insécurité et de déclassement de ces zones.
Plus largement, la prostitution a un impact négatif sur la sécurité et la santé publique à Marseille, avec :
- Des risques sanitaires : IST (VIH, hépatites…), usage de drogues, problèmes gynécologiques et psychiatriques
- Des problèmes de sécurité : agressions, vols, proxénétisme, traite d’êtres humains, atteintes aux mœurs sur la voie publique
- Un effet de « normalisation » de la marchandisation des corps, surtout féminins, contraire aux valeurs d’égalité
Loin d’être un « mal nécessaire », la prostitution est une violence faite aux personnes vulnérables, souvent des femmes et des mineurs, qui porte atteinte à leur dignité et leurs droits fondamentaux. Elle profite à une industrie criminelle qui prospère sur la misère.
5. Initiatives et réponses publiques et associatives
Face à cette situation, les pouvoirs publics marseillais mènent une politique ambigüe, entre tolérance de fait et volonté affichée de lutter contre le proxénétisme. Des arrêtés anti-prostitution ont été pris et quelques réseaux démantelés, mais avec peu de suivi. La pénalisation des clients est très peu appliquée.
Plusieurs associations interviennent pour aider les personnes prostituées, avec des moyens souvent insuffisants :
- Accueil de jour, maraudes, distribution de préservatifs et de matériel d’hygiène
- Accompagnement social, administratif, médical, psychologique, juridique
- Hébergement et aide à la réinsertion, formations professionnelles
- Prévention en milieu scolaire, sensibilisation du public
Grâce à ces actions, des centaines de personnes ont pu être soutenues, soignées, parfois sorties de la prostitution. Mais les besoins restent immenses. Les parcours de sortie prévus par la loi de 2016 peinent à se mettre en place, faute de moyens et de volonté politique. Seules 5 personnes en ont bénéficié à Marseille en 2 ans.
Les associations demandent plus de moyens pour l’accompagnement, une vraie politique d’alternatives, une meilleure application de la loi pénalisant les clients et une régularisation des victimes de traite et de proxénétisme. Elles alertent sur la détresse des personnes prostituées face à la crise du Covid qui a aggravé leur précarité.
Conclusion
Ce tour d’horizon montre que la prostitution reste un fléau majeur à Marseille, qui exploite la misère sociale et la vulnérabilité des personnes. Malgré une prise de conscience progressive et des initiatives positives, les réponses publiques et sociétales demeurent très insuffisantes.
Il est urgent d’aller plus loin dans la prévention, la protection des victimes, les alternatives à la prostitution, la lutte contre les réseaux et la responsabilisation des « clients ». Cela passe par :
- Un soutien accru aux associations et dispositifs d’accompagnement, avec des moyens pérennes
- Une meilleure application de la loi pénalisant les clients, avec des moyens dédiés
- Des campagnes de sensibilisation sur les méfaits de la prostitution, déconstruisant les mythes
- Une politique sociale ambitieuse pour s’attaquer aux causes (précarité, violences, inégalités)
- Une approche plus protectrice pour les victimes de traite (titres de séjour, accès aux droits)
De futures recherches sont nécessaires pour mieux comprendre les parcours des personnes prostituées, les ressorts psycho-sociaux des clients, l’impact des politiques publiques. La prostitution n’est pas une fatalité : ensemble, en changeant de regard et avec des moyens adaptés, nous pouvons aider les personnes à s’en sortir et bâtir une société plus juste et égalitaire.

