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Pourquoi le recours à la prostitution est interdit ?

La prostitution : une forme d’exploitation et de violence

Après 20 ans passés à accompagner des personnes prostituées et à militer pour l’abolition du système prostitueur, je suis plus que jamais convaincue que la prostitution représente une forme d’exploitation et de violence inacceptable dans notre société. Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, la prostitution n’est pas un « métier comme un autre » ni un « choix libre » pour l’immense majorité des personnes concernées.

La réalité, c’est que la prostitution repose sur un système d’exploitation organisé par des réseaux criminels qui tirent profit de la misère et de la vulnérabilité de personnes, en très grande majorité des femmes et des enfants. Ces réseaux utilisent la violence, les menaces, le chantage pour contraindre leurs victimes à se prostituer. Même lorsqu’il n’y a pas de proxénète identifié, la prostitution reste un système violent qui porte gravement atteinte à la dignité et à l’intégrité des personnes.

Des conséquences psychologiques et physiques dévastatrices

Au cours de mes années d’accompagnement, j’ai pu constater les dégâts considérables que la prostitution provoque sur la santé physique et mentale des personnes. Stress post-traumatique, dépression, addictions, troubles alimentaires, insomnies… La liste des séquelles psychologiques est longue. Sans parler des violences physiques subies, des grossesses non désirées, des infections sexuellement transmissibles.

La dissociation psychique nécessaire pour supporter des rapports sexuels non désirés à répétition laisse des traces profondes. Beaucoup de personnes prostituées témoignent avoir l’impression de « ne plus habiter leur corps ». Cette aliénation de soi est extrêmement destructrice sur le long terme.

Un système qui perpétue les inégalités femmes-hommes

La prostitution repose sur et entretient une vision archaïque et inégalitaire des rapports entre les femmes et les hommes. Elle véhicule l’idée que le corps des femmes peut être acheté et que la sexualité masculine aurait des « besoins irrépressibles » justifiant d’y avoir accès à tout prix.

Accepter la prostitution, c’est accepter que certaines catégories de personnes, principalement des femmes en situation de précarité, soient sacrifiées pour assouvir les désirs sexuels d’autres, principalement des hommes ayant les moyens de payer. C’est perpétuer un système profondément inégalitaire et contraire aux valeurs d’égalité et de respect mutuel que nous voulons promouvoir dans notre société.

Les mythes sur la prostitution

Pour justifier le maintien de la prostitution, ses défenseurs s’appuient souvent sur un certain nombre d’idées reçues qu’il est important de déconstruire.

Le mythe de la prostituée heureuse et épanouie

On entend parfois parler de call-girls de luxe ou d’escorts indépendantes qui affirmeraient exercer librement et avec plaisir. Si ces situations existent, elles sont ultra-minoritaires et ne reflètent absolument pas la réalité de l’immense majorité des personnes en situation de prostitution.

La plupart des personnes que j’ai accompagnées au fil des années étaient dans des situations de grande précarité, souvent victimes de réseaux criminels, et n’avaient pas d’autre choix que de se prostituer pour survivre. Beaucoup avaient subi des violences sexuelles dans leur enfance ou leur adolescence. Dire qu’elles « choisissent librement » de se prostituer est un non-sens total.

Le mythe de la prostitution comme « service social »

Certains prétendent que la prostitution serait nécessaire pour satisfaire les besoins sexuels de personnes isolées ou en situation de handicap. C’est un argument fallacieux qui nie la sexualité des personnes handicapées en les réduisant à des « consommateurs » de services sexuels.

La sexualité est une dimension fondamentale de l’être humain qui ne peut se réduire à un acte mécanique payant. Ce dont les personnes en situation de handicap ont besoin, c’est d’un véritable accompagnement à la vie affective et sexuelle, pas d’un accès payant au corps d’autres personnes vulnérables.

Le mythe de la prostitution comme rempart contre les violences sexuelles

On entend parfois l’argument selon lequel la prostitution permettrait de canaliser les pulsions sexuelles masculines et éviterait ainsi des agressions. C’est totalement faux ! Au contraire, la prostitution banalise l’idée que le corps des femmes est à disposition et renforce une vision des rapports sexuels déconnectée du désir et du consentement mutuel.

Les pays qui ont légalisé la prostitution n’ont pas constaté de baisse des violences sexuelles, bien au contraire. La prévention des violences passe par l’éducation au respect et au consentement, pas par la mise à disposition de « corps-objets » payants.

Les conséquences néfastes de la légalisation

Face aux problèmes posés par la prostitution, certains prônent sa légalisation et sa réglementation. C’est une fausse bonne idée qui ne ferait qu’aggraver la situation.

Un développement massif de la traite des êtres humains

L’expérience des pays ayant légalisé la prostitution montre que cela entraîne un développement considérable du « marché du sexe » et de la traite des êtres humains pour répondre à la demande. Aux Pays-Bas par exemple, la légalisation en 2000 s’est traduite par une explosion du nombre de personnes prostituées, dont une grande partie victimes de la traite.

Légaliser la prostitution, c’est envoyer le message que l’exploitation sexuelle d’autrui est acceptable du moment qu’elle est encadrée. C’est ouvrir un boulevard aux réseaux criminels qui n’auront aucun mal à contourner les régulations pour maximiser leurs profits sur le dos des plus vulnérables.

Une banalisation de l’achat d’actes sexuels

La légalisation tend à normaliser le recours à la prostitution et à en faire un loisir comme un autre. On l’a vu en Allemagne où la prostitution est devenue un secteur économique à part entière, avec des méga-bordels proposant des forfaits « tout compris ».

Cette banalisation renforce l’idée que le corps et la sexualité peuvent être des marchandises, au détriment d’une vision de la sexualité fondée sur le désir partagé et le respect mutuel. Elle perpétue des stéréotypes sexistes sur les besoins sexuels supposément irrépressibles des hommes.

Une dégradation des conditions d’exercice

Contrairement à ce qui est parfois avancé, la légalisation n’améliore pas les conditions d’exercice de la prostitution, bien au contraire. La concurrence accrue pousse les personnes prostituées à accepter des pratiques de plus en plus risquées (rapports non protégés, pratiques violentes…) pour satisfaire les exigences des clients.

De plus, la légalisation profite surtout aux « entrepreneurs » du sexe (tenanciers de bordels, propriétaires de clubs…) qui peuvent désormais exercer leurs activités en toute légalité. Les personnes prostituées, elles, restent dans des situations très précaires, soumises à la pression de « patrons » qui les exploitent.

La loi française : un modèle abolitionniste

Face à ces constats, la France a fait le choix d’une approche abolitionniste visant à terme la disparition de la prostitution, tout en protégeant les personnes prostituées.

Les principes de la loi du 13 avril 2016

La loi adoptée en 2016 repose sur plusieurs grands principes :

– La pénalisation des clients : l’achat d’actes sexuels est désormais puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 1500€ et 3750€ en cas de récidive. L’objectif est de faire baisser la demande qui alimente le système prostitueur.

– Le renforcement de la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.

– La dépénalisation des personnes prostituées : le délit de racolage a été abrogé. Les personnes prostituées sont désormais considérées comme des victimes à protéger et non comme des délinquantes.

– La mise en place d’un parcours de sortie de la prostitution pour accompagner celles et ceux qui souhaitent arrêter cette activité.

Un changement de regard nécessaire

Au-delà des dispositions légales, cette loi vise à changer le regard de la société sur la prostitution. Il s’agit de faire prendre conscience que l’achat d’actes sexuels n’est pas anodin et qu’il participe à un système d’exploitation des plus vulnérables.

Ce changement de paradigme est essentiel pour faire évoluer les mentalités sur le long terme. Il permet de responsabiliser les clients et de déconstruire l’idée que la prostitution serait un « mal nécessaire ».

Des résultats encourageants mais des moyens insuffisants

Quatre ans après son adoption, le bilan de la loi est encourageant même si des progrès restent à faire. On constate une baisse de la prostitution de rue dans de nombreuses villes. Les associations accompagnant les personnes prostituées notent une augmentation des demandes de sortie de la prostitution.

Cependant, les moyens alloués au parcours de sortie restent largement insuffisants. Beaucoup de personnes souhaitant quitter la prostitution se heurtent encore à de nombreux obstacles (logement, formation, régularisation administrative…). Il est crucial que l’État renforce significativement les moyens dédiés à l’accompagnement des personnes prostituées.

Au-delà de l’interdiction : quelle société voulons-nous ?

L’interdiction de la prostitution n’est pas une fin en soi. Elle s’inscrit dans un projet de société plus large, fondé sur l’égalité et le respect de la dignité humaine.

Promouvoir une sexualité libre et épanouie

Contrairement à ce qu’affirment certains, s’opposer à la prostitution ne signifie pas être contre la liberté sexuelle, bien au contraire. C’est défendre une vision de la sexualité fondée sur le désir partagé, le consentement mutuel et le respect de l’autre.

Une sexualité véritablement libre et épanouie ne peut se construire sur un rapport marchand où l’un achète l’accès au corps de l’autre. Elle implique la réciprocité des désirs et la prise en compte du plaisir de chacun.

Lutter contre toutes les formes d’exploitation

La lutte contre la prostitution s’inscrit dans un combat plus large contre toutes les formes d’exploitation de l’être humain. Elle participe d’une vision de la société où le corps humain et la sexualité ne peuvent être des marchandises comme les autres.

C’est pourquoi il est important de faire le lien avec d’autres combats comme la lutte contre la traite des êtres humains, contre le travail forcé ou encore contre la marchandisation du corps des femmes (GPA, pornographie…).

Construire l’égalité femmes-hommes

Abolir le système prostitueur, c’est aussi œuvrer pour une véritable égalité entre les femmes et les hommes. C’est refuser que le corps des femmes puisse être considéré comme un objet à la disposition des hommes.

Une société véritablement égalitaire ne peut tolérer qu’une catégorie de personnes, principalement des femmes, soit réduite au statut de marchandise sexuelle pour satisfaire les désirs d’une autre, principalement des hommes. L’abolition de la prostitution est une condition nécessaire, même si non suffisante, à l’égalité réelle entre les sexes.

Conclusion : la prostitution n’est pas une fatalité

Après des années de militantisme et d’accompagnement des personnes prostituées, je reste plus que jamais convaincue que l’abolition du système prostitueur est non seulement souhaitable, mais possible. La prostitution n’est pas une fatalité, c’est un phénomène social construit qui peut et doit être déconstructuit.

Cela demande un engagement de toute la société : – Renforcer la prévention et l’éducation à la sexualité et à l’égalité dès le plus jeune âge – Lutter efficacement contre la précarité qui pousse de nombreuses personnes vers la prostitution – Accompagner massivement les personnes souhaitant sortir de la prostitution – Responsabiliser les clients et faire évoluer les mentalités sur le long terme

C’est un combat de longue haleine mais qui en vaut la peine. Car au final, c’est toute la société qui a à y gagner : plus d’égalité, plus de respect mutuel, une sexualité plus libre et épanouie pour toutes et tous. La prostitution n’a pas sa place dans la société que nous voulons construire pour demain.

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